• Genèse du nouveau carillon - Description

     

    En 1828, une cloche de 1699 est refondue par Joseph Drouot. Il la refond une nouvelle fois l'année suivante, cette fois en augmentant son poids.

    Le 12 juillet 1894, Guillaume Zech-du Biez (1844-1904) donne une conférence au Cercle archéologique de Soignies, au cours de laquelle il raconte un de ses voyages en Flandres. Il exprime tout son émerveillement pour les carillons entendus. Manifestement, il a effectué des recherches car il donne des détails sur les carillons de Tournai, Alost, Nivelles, Anvers Ostende, Bruxelles (Maison du Roi). Il parle également des carillons de Buffalo (USA), d'Edimbourg et d'Aberdeen (Angleterre).

    Il termine par ces mots : « Tout cela ne donnerait-il pas envie à Soignies de réinstaller au haut de la tour de sa collégiale cette harmonie aux résonances originales et particulières, si bien à l'unisson avec l'amour si prononcé de ses habitants pour leur clocher natal ? Le sonégien est musicien dans l'âme, il l'est d'instinct et par naissance. Je connais peu de musique qui aille aussi profondément à l'âme que cette harmonie aérienne dont le carillon jette dans les airs les notes gracieuses et variées. Dans une ville qui n'est pas tout à fait étrangère, depuis deux ans, tous les lundis soir, pendant l'été, grâce à un subside de la municipalité, un concert d'airs choisis dans les oeuvres de Beethoven, Gounod, Wagner et tant d'autres, sans oublier Grétry, se donne sur le carillon du haut de la tour métropolitaine. Et pendant cette heure la grand'place de la ville est noire de monde ; le peuple surtout constitue la grande partie de l'auditoire, qui écoute dans le plus religieux silence. Et parfois, quand l'habile carillonneur descend du haut de son clavecin, il est ovationné par la foule et reconduit chez lui en triomphe. Je suis persuadé que l'audition de ces vibrants et argentins accents ferait tressaillir également la population sonégienne. »

    Cet appel reste sans réaction connue, et ce n'est qu'après la Grande Guerre, en 1920, qu'un comité se forme, mais ne réussit pas à concrétiser le projet. La grande crise de 1929 a probablement aussi joué un rôle négatif pour un projet si coûteux.

    En 1943, les deux grosses cloches sont confisquées par les Allemands.

    Après la guerre, en 1948, une nouvelle cloche de volée « Victoire » (1.800 kg) est placée, et en 1951, une seconde « Vincente » (2.500 kg). Toutes deux proviennent de la fonderie Michiels.

    En 1955, quasi 160 ans après sa destruction (1797), un comité sérieux et très motivé se constitue dans le but de récolter des fonds pour reconstruire un nouveau carillon pour le millénaire de la Collégiale en 1962. Toutes sortes de moyens sont utilisés : une partie des recettes de la foire commerciale, des tombolas, des collectes,... et tous les organismes de la ville sont invités à verser leur quote-part. Des tirelires en forme de cloche sont déposées chez la plupart des commerçants et des tracts publicitaires sont imprimés.

     Genèse du nouveau carillon - Description

    Lettre du « Comité » aux habitants de Soignies

    Union des contribuables de la Région de Soignies

    Recettes de la Foire commerciale

     Lettre du 16 novembre 1959 adressée par

    le Chanoine Paul Scarmure aux Anciens éléves du

    Collège Saint-Vincent de Soignies

    Tract aux habitants de Soignies (2 pages)

     Appel à la participation des sonégiens et sonégiennes

    Photo du carillon

     

    La souscription et les diverses collectes, d'un montant de 757.500 FB, ne permettent toutefois pas de récolter la somme nécessaire. L'Administration communale de l'époque a payé la plus grosse cloche (FA de 900 kg) pour une somme de 135.000 FB, la Confrérie Saint-Vincent, une cloche de 200 kg pour 30.000 FB. Diverses associations ont aussi payé leur cloche, plusieurs familles bien connues à Soignies, et quelques anonymes. Le complément est payé par la Ville de Soignies.

     

    Genèse du nouveau carillon

     

     

     

    Genèse du nouveau carillon

    Cloches offertes

     

    Les archives de la Ville contiennent un document daté de 1960, dénommé « Adjudication pour la fourniture et le placement d'un carillon dans la tour de Collégiale Saint-Vincent à Soignies » avec comme base des soumissions 730.000 FB. Suit le cahier spécial des charges  comprenant toutes les clauses légales et une description détaillée de l'instrument projeté.

    Quelques points du document :

    • « l'alliage du bronze des cloches sera formé par 77% de cuivre + 22 % d'étain + 1% de cupronickel »
    • « Genèse du nouveau carillonL'accordage de cloches sera établi sur la gamme de Pythagore en se basant sur un LA du diapason 440. Les tierces accordées entre 325 et 350. Les quintes Pythagore justes. Pour l'accordage des cloches sur la gamme de Pythagore, le fondeur tiendra compte au départ de FA -la plus grosse cloche- . Il accordera les cloches diézées et bémolisées sur les tonalités employées fréquemment dans le jeu du carillon. Pour le carillon faisant l'objet de la présente entreprise, il retiendra les tonalités de FA – DO – SOL – RE – SI bémol – MI bémol majeur - » une latitude de seulement 4 cents sera admise.
    • « L'accordage des cloches sera contrôlé et vérifié par Monsieur Géo Clément, directeur de l'Ecole de Carillon de Mons, expert-conseil désigné par l'administration communale de Soignies. »  Détail important : « L'accord et la vérification se feront avec l'accordeur électronique « Peckel » et l'oscillographe s'y rattachant. »

     

    Géo Clément, dans son cahier des charges, avait prévu un carillon en tous points semblable à celui de la Ville d'Ath avec son beffroi en rideaux composé de poutres de fer (verticales) et poutres de bois (chêne sec ou bois du Congo —nous sommes en 1960—) qui supporteront les cloches. Malheureusement —ou heureusement !—, les événements en décideront autrement. En effet, Marcel Michiels, l'entrepreneur pressenti, décède le 17 février 1962. Le dossier, déjà en marche, sera transmis au repreneur de son entreprise, le fondeur hollandais, « Petit et Fritsen », et le cahier des charges ne sera pas exécuté tel quel.

    Mis à part les cloches, la construction et l'aspect mécanique (transmissions) seront revus de fond en comble. La firme hollandaise construira un beffroi tout en métal galvanisé à chaud en deux rideaux parallèles. Il sera suspendu au milieu de la salle, posé sur deux poutres métalliques « I » de 28 cm, ancrées dans les murs nord-ouest et sud-est, à 225 cm de hauteur, et espacées de 2 mètres.

    Sur ces poutrelles d'acier galvanisé sont boulonnés 4 poteaux en acier de 18 x 18 et d'environ 6 m de haut, espacés de 3 m. Les cloches sont réparties équitablement selon leur poids sur l'un et l'autre rideau, en commençant par les plus grosses.

    Pour ce qui est de la mécanique, il s'agit d'équerres libres en forme de T inversé et orientables. La branche verticale du T est percée de plusieurs trous et est prévue pour recevoir le fil qui conduit au battant. Il est donc possible de régler la force et la course du battant selon que l'on fixe le fil près ou loin de l'axe de pivotement. Une des branches horizontales reçoit la fixation du fil qui descend vers la touche, et l'autre branche horizontale est garnie d'une masselotte en plomb qui sert de contre-poids que l'on peut régler selon sa position près ou loin de l'axe de rotation.

     

    Genèse du nouveau carillon

     

    Genèse du nouveau carillon

     

    Genèse du nouveau carillon

     

    Il s'agit d'un système beaucoup plus léger que les traditionnels « abrégés » , qui sont lourds, nécessitent plusieurs paliers de soutien (qu'il faut lubrifier), et qui offrent une inertie (due à leur poids) qui nuit à la vélocité. De plus, il permet l'économie de ressorts de rappel pas toujours faciles à régler.

    Le système automatique n'est pas repris dans le cahier des charges et fera l'objet d'une soumission distincte datée du 28 avril 1962 avec un cahier des charges bien précis. Ce fut d'abord un système à cartes perforées, puis une système piloté par un ordinateur du type « Appolo ».

    36 cloches (trois octaves) sont utilisées pour les ritournelles. Le système initial était composé de marteaux externes actionnés par un moteur rotatif qui actionnait un bras de levier sur lequel était fixé un marteau en acier qui devait frapper la cloche. Il fut récemment remplacé par un ensemble d'électrotinteurs modernes.

    La presse de l'époque fait état d'un coût global de 1.059.460 de FB soit 923.500 FB pour le carillon (dont 197.750 FB pour l'électrification) et 135.960 FB de travaux annexes indispensables, comme l'ouverture des baies gothiques de la tour, le placement d'abat-sons dans les ouvertures et l'enlèvement des antiques cadrans d'horloge, et autres travaux de consolidation.

    La firme « Petit & Fritsen » livre un nouveau carillon conçu selon l'accord pythagoricien.

    Les cloches du carillon sont arrivées à Soignies le 21 décembre 1963 entre 13h et 14h, et sont restées exposées dans la collégiale. Le 19 janvier 1964, Mgr Charles-Marie Himmer, évêque de Tournai, bénit les cloches. Le samedi précédant Noël, les habitants des quartiers de la Grand-Place et des rues où devait passer le convoi, ont reçu l'invitation de pavoiser leur façade avec des « drapeaux propres et repassés ». Une délégation est partie de Soignies pour Braine-le-Comte pour garnir le camion du transport.

    On avait également disposé des cloches troncs pour encore récolter un peu d'argent.

    Le 11 février 1964 on pouvait lire dans la presse que le fondeur dispose de 60 jours pour monter les cloches et construire le carillon. Il est question d'une inauguration durant les fêtes de Pentecôte. Ce ne fut hélas pas le cas.

    L'inauguration a lieu le 20 septembre 1964 à 17h, en présence du comité et des autorités civiles et religieuses. Durant cette cérémonie, le carillon est remis officiellement et publiquement à la Ville de Soignies. Un concert de carillon est donné par Géo Clément, Gérard Sauvage, titulaire de l'instrument et André Lefrant, tous deux carillonneurs sonégiens, élèves du Maître Géo Clément.

     

    Genèse du nouveau carillon - Description

     

    Vers 1991, en vue de la restauration de la flèche de la tour occidentale, les cloches de volées sont démontées. En 2002 elles sont replacées dans la flèche reconstruite.

    Pour célébrer la fin des travaux de restauration de la Collégiale, la Ville et la Fabrique d"église placent une nouvelle cloche de carillon. Elle porte le nom de « Restauration » et provient, comme ses soeurs, de la fonderie « Petit & Fritsen ». Offerte par la Ville de Soignies, la cloche est intégrée au carillon et placée près des cloches de volée. Elle mesure 98 cm de diamètre et pèse 580 kg. Cette cloche sonne le Sol# (Mib au clavier), accordée selon Pythagore. Elle est utilisée dans le carillon mais comme cloche de volée, notamment pour sonner le glas lors de funérailles.

     

    Genèse du nouveau carillon - Description

     

    Genèse du nouveau carillon - Description

    Genèse du nouveau carillon - Description

    Télécharger ici l'analyse de la « Cloche Restauration »

     

    Cette situation de cloches intégrées à un carillon est souvent rencontrée en Belgique, comme à Ath, Enghien, Wavre,... Elles ne furent pas toujours intégrées pour le même motif. Dans certains cas l'on a « rattaché » des cloches de volée juste pour échapper à la confiscation par les Allemands qui ne prenaient pas les cloches de carillon (1943), car faisant partie d'un instrument de musique. Ils avaient un certain respect pour l'art... en général.

     

    Description technique du carillon

     

    Genèse du nouveau carillon

     

    Genèse du nouveau carillon

     

    Genèse du nouveau carillon

     

    Genèse du nouveau carillonLe carillon est situé à l'étage supérieur de la tour occidentale, au niveau des abat-sons, les cloches de volée se trouvant au-dessus, dans la flèche.

    Genèse du nouveau carillon

         Cabine

    Le carillon comprend 48 cloches : fa1 (=ut0), sol1 - chromatique jusqu'à fa5, dont 47 Petit & Fritsen de 1963, 1 Petit & Fritsen de 2002.

    Son poids total est de 5.600 kg. Le « Bourdon » à lui seul pèse 970 kg.

    Les cloches de volée, hors carillon, sont au nombre de quatre : do0, ré0, ré2, sol2.

     

    Genèse du nouveau carillon
    Cloche n°1 - Le Bourdon Vincente

     

    Genèse du nouveau carillon
    Cloche n°2 - Victoire

    Ecouter les deux grosses cloches (joug métallique, rétrograde)

     

    Genèse du nouveau carillon

    Genèse du nouveau carillon

    Cloche n° 3 - Cloche de l'Angelus
    (joug en bois, lancé franc)



    Cloche n° 4 - Cloche historique - Roue en bois
    Sonnée à la corde à certaines occasions
    (joug droit en bois, rétrograde)

    Les trois premières cloches sont actionnées par des moteurs électriques Movotron.

    Le clavier est de type mécanique, à bâtons coniques en chêne, datant de 1964 (plaquette « Petit & Fritsen Ltd /Bell Founders since 1660 / Aarle Rixtel / Holland  »).

    La transmission s'effectue via des équerres directionnelles avec bras de charge équipés de masses à partir de la cloche n° 21.

    Les battants sont guidés et décentrés par l'articulation à courroie plate, à boule rapportée sur tige de métal.

    Le jeu automatique est électrique, comprenant les cloches n° 1 à 36. A  chaque demi-heure est joué un air différent ; de 8h à 20h en semaine, de 9h à 20h le dimanche.

    Genèse du nouveau carillon - DescriptionLes battants sont tractés via une filerie pour les n° 1, 2, 4 à 7, électrotinteur pour la n°3 et marteaux extérieurs tombants avec ressorts de rappel pour les autres. Ils sont tractés par moteurs. En 2004, des électrotinteurs modernes ont remplacé les anciens ce qui permet une répétition rapide d'une même note.

    Un ordinateur de carillon Apollo II a été placé par la firme Meridiaan en 2004.

    Outre l'organisation de nombreux concerts, des auditions sont données régulièrement par les carilllonneurs Francine Berte, Véronique Lontie et ses élèves de la classe de carillon, Marie-Christine Delmoitiez et Patrice Poliart, titulaire.  Les auditions ont lieu le mardi, jour du marché (tradition ancienne), le jeudi, le vendredi, le samedi et même le dimanche, ainsi que lors d'occasions festives.

     

    Analyse des cloches du carillon

     

    Chaque cloche a fait l'objet d'une analyse par le fondeur. Géo Clément a approuvé ces analyses le 19 décembre 1963. L'on y retrouve notamment le diamètre, le poids,...

     

     

     

     

    Sources :
    Paul Hazebroucq
    Association campanaire wallonne  (ACW)
    Patrice Poliart
    Wikipedia
    Photos ACW et Patrice Poliart